La danse ancienne mise en contexte
La danse ancienne mise en contexte

Un quadrille original : Le Quadrille de la Paix, 1859.

Marre du quadrille français ?

Envie d’autre chose que des Lanciers ?

Besoin d’un nouveau quadrille pour changer d’air ?

Vous en rêviez, le voici !

Ce quadrille commémore une victoire militaire française. Je dirais même qu’il la raconte, bataille par bataille, presque jour par jour.

Dans cet article, je vous révèle l’histoire étonnante du quadrille de la Paix. Quadrille original, il s’inspire fortement des événements de son temps.

Et bien sûr, nous verrons comment il se danse, avec une description précise de cette figure mystérieuse : la chaîne-franco-sarde.

La création du Quadrille de la Paix

Mais commençons par le commencement, voulez-vous.

Partition du quadrille de la paix, 1860
Boizot père (chorégraphie), Henri Boizot (musique), Quadrille de la paix (…), Boizot, Paris, 1860.

Le Quadrille de la Paix est une chorégraphie originale de Boizot père, sur une musique de Henri Boizot.

Le chorégraphe et le compositeur

Henri Boizot est professeur de danse. Henri, son fils, est professeur de danse et chef d’orchestre. Il dirige l’orchestre des bals du Louvre en 1861.

Pour plus d’information sur la famille Boizot, c’est à Eaubonne que ça se passe.

Les Boizot ont introduit en France le Quadrille calédonien, « rival du quadrille des Lanciers ». Ils publient divers galops, polkas et valses dans les années 1850.

Je mentionne en particulier deux danses. « Souvenir de la grande armée : grande polka militaire », composée par Boizot fils en 1857, et une danse originale du père : « La Napoléonide » (1853), dédiée « à sa majesté Napoléon III, Empereur des Français ». Cela nous éclaire assez l’opinion politique de la famille Boizot.

Nous verrons que ces convictions sont également perceptibles dans le quadrille de la Paix.

La publication du Quadrille de la Paix

D’ailleurs, que sait-on de cette danse ?

La partition et les figures du quadrille sont publiées une première fois en 1859. Une seconde édition paraît l’année suivante, avec cette fois un argument publicitaire de poids : « accepté par sa Majesté l’Impératrice des Français ».

[Edit 21/08/2020] Enfin, toujours en 1860, le quadrille de la Paix figure dans le « Répertoire des quadrilles (…) » des Boizot, pages 53 à 58. Cela semble être un ajout de dernière minute, car le répertoire contient la description de plusieurs quadrilles , suivis par la valse, et enfin le quadrille de la Paix, séparé des autres quadrilles. Cette publication es tidentique aux deux premières, si ce n’est pour la correcton de quelques fautes d’orthographeet de typographie. [Fin]

Le quadrille a laissé peu de traces en-dehors de ce document. Mais les Boizot ont essayé de le faire connaître pendant plusieurs années.

En 1859, Le ménestrel annonce la parution du quadrille en août, indique qu’il est « en vogue » en octobre et « fort recherché » en décembre. Mais il est bien le seul journal à en parler. Alors le succès du quadrille est plutôt douteux.

Deux ans plus tard, le quotidien « Le Constitutionnel » du 12 avril nous apprend que Henry (sic) Boizot jouera le Quadrille de la Paix à un bal organisé par son père.

Dans l’annuaire-almanach du commerce (…) de 1863, ils sont présentés comme « Boizot père et fils, auteurs de la Mazeppa et du quadrille de la Paix, cours de danse et leçons de musique, St-Honoré, 247 ». Preuve que les Boizot mettent ce quadrille en avant lors de leurs leçons.

L'impératrice Eugénie, mécèné du quadrille de la paix
Franz Xaver Winterhalter, Portrait de Eugénie de Montijo, 1853.
L’impératrice apporte son soutien au quadrille de la Paix.

Le contexte

Avant d’entrer dans les détails chorégraphiques, voyons d’abord quel est le contexte international européen en 1859. Cela est nécessaire pour bien saisir les références qui parsèment le quadrille.

Le Quadrille de la Paix est « dédié aux Alliés Franco-Sardes ». Il s’inscrit donc dans un contexte politique particulier. Je le résume ici brièvement.

Pour bien comprendre, on se souviendra qu’en 1859, l’Autriche règne sur une partie de la botte italienne. D’autre part, une mouvance nationaliste cherche à unifier les territoires italophones. A sa tête, Victor-Emmanuel II, du royaume de Piémont-Sardaigne.

L’alliance franco-sarde de 1859 est un pacte militaire, qui précise les accords de Plombières de 1858. La France s’y engage à aider le Royaume de Sardaigne contre l’Autriche. En échange, le duché de Savoie et la province de Nice sont réunis à la France.

D’ailleurs la guerre ne tarde pas : la deuxième guerre d’indépendance italienne est déclarée le 26 avril 1859.

Le conflit ne dure pas. Les deux empires signent un armistice dès le 11 juillet. Le conflit prend officiellement fin le 10 ou 11 novembre suivant : c’est le traité de Zurich.

Le quadrille de la Paix est publié le 15 juillet 1859, juste après l’armistice. Rédigé à la gloire des combattants franco-sarde, il reprend les grandes étapes du conflit, comme on va la voir.

L'Italie en 1859. 2e Guerre d'indépendance italienne. Inspiration du Quadrille de la Paix
La situation de l’Italie en 1859. Source.

La Musique du Quadrille de la Paix

Voici les noms des figures, et des mélodies :

  • Le Lac Majeur, sur l’air du « Chant national sarde » ;
  • L’Entrevue, sur l’air de « La Brabançonne » ;
  • Le Bouquet du Quadrilatère sur l’« Hymne de Reggio » ;
  • Le Mincio sur « Partant pour la Syrie » ;
  • La Paix, sur la « Marche nationale turque ».

Pour ce qui est de la musique en tant que telle, elle n’a jamais été enregistrée. On trouve facilement les airs sur CD, mais il faudra un travail de montage audio conséquent si vous souhaitez danser sur une musique enregistrée.

Les airs repris dans le quadrille sont tous des hymnes « nationaux ». La raison de leur présence est assez évidente… pour la plupart d’entre eux.

Le chant national sarde et l’hymne de Reggio font bien sûr référence à l’Italie. Il s’agit probablement de Reggio d’Emilie, entre Parme et Modène.

La mélodie « Partant pour la Syrie » est attribuée à Hortense de Beauharnais, la mère de Napoléon III. Composée en 1807, elle devient l’hymne officieux de la France sous le second Empire. Le chant est inspiré de la Campagne d’Egypte du général Bonaparte.

Enfin, « La brabançonne » et la « Marche nationale turque » sont les hymnes respectifs de la Belgique et de l’empire ottoman.

Pourquoi les hymnes belge et ottoman figurent-ils dans le quadrille ?

Le lien avec l’alliance franco-sarde ne saute pas directement aux yeux.

Pour la Belgique, il y a une piste. En effet la région fut sous domination autrichienne au XVIIIe siècle. En 1789, la Révolution brabançonne met les Autrichiens à la porte. Les Etats belgiques unis sont créés. Les Autrichiens reprennent difficilement la région… avant d’être à nouveau chassés, par les Français cette fois, en 1792.

On peut comprendre que la Belgique ait laissé un goût amer à l’Autriche. Notez néanmoins que la Brabançonne date d’une autre révolution belge, celle de 1830.

La Brabançonne, hymne national belge, présent dans la quadrille de la Paix
La Brabançonne, partition vers 1855.

Et pour ce qui est de l’hymne ottoman ?

L’empire ottoman est un ennemi traditionnel de l’Autriche. Les deux pays se sont longtemps affrontés dans les Balkans. Vienne fut même assiégée par les Turcs en 1529 et en 1683. Un autre souvenir pénible pour l’Autriche.

On peut aussi penser que c’est une menace. Au XIXe siècle, l’Empire ottoman, « l’homme malade de l’Europe », est amputé morceau par morceau de son énorme territoire. Ainsi, la Grèce gagne son indépendance en 1830. La France et le Royaume-Uni annexent l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte.

Est-il question de démanteler l’Empire autrichien de la même façon, en commençant par l’Italie ?

Les noms des figures retracent quant à eux le déroulement de la guerre.

1. L’entrée en campagne. Le Lac Majeur

Les chasseurs des Alpes traversent le lac Majeur pour rejoindre Varèse puis San Fermo. Sous le commandement de Garibaldi, ils remportent les premières batailles de la guerre (26 et 27 mai).

2. L’Entrevue

Sans doute la réunion des troupes françaises et piémontaises à Milan. Napoléon III et Victor-Emmanuel y font une entrée triomphale par l’arche de la Paix (8 juin).

3. Le Bouquet du Quadrilatère

Suite à plusieurs revers, dont la bataille de Magenta (4 juin), les Autrichiens se replient vers les « forteresses du quadrilatère ». Il s’agit d’un système de défense autrichien en Lombardie-Vénétie. Reliant quatre villes majeures de la région, il permet de protéger la plaine du Pô.

4. Le Mincio

Cela n’arrête pas les Franco-sardes. Ils continuent rapidement leur progression. Les batailles de Solférino et San Martino rejettent les Autrichiens au-delà du Mincio, un affluent du Pô (24 juin).

Si Boizot ne choisit pas le Mincio par hasard. Le Mincio donne son nom à la bataille du Mincio (1814), où Eugène de Beauharnais avait brillamment repoussé les troupes autrichiennes. Rappelons qu’Eugène est l’oncle de Napoléon III.

Le chorégraphe fait d’une pierre deux coups.

5. La Paix

Napoléon III propose unilatéralement un armistice à François-Joseph. Elle est signée le 11 juillet à Villafranca. L’Autriche cède la Lombardie à la France, qui la donne immédiatement au royaume de Sardaigne.

Bref, le choix des airs et des noms de figures est tout sauf innocent. Ils exaltent le patriotisme et le triomphe militaire français.

Le titre « Quadrille de la Paix » n’en est que plus ironique.

Napoléon à Solférino,
Jean-Louis-Ernest Meissonier, Napoloéon III à la bataille de Solférino, 1863.

La danse

La fameuse chaîne franco-sarde

La reconstitution de la chorégraphie est assez simple, à première vue. La difficulté majeure est l’apparition d’une nouvelle figure : la chaîne franco-sarde.

Boizot ne daigne pas donner d’explication sur cette figure, qui n’existe nulle part ailleurs. Il faut donc analyser finement le texte pour trouver des indices sur cette figure originale.

La chaîne franco-sarde est présente dans les figures 1, 3 et 4. Ce dont on est sûr, c’est qu’une demi-chaîne franco-sarde a pour résultat de faire changer les cavaliers de place. Voyez plutôt : à ce moment de la danse, les Dames sont à leur place de départ, et les cavaliers sont en face de leur place de départ.

« Les Cavaliers 1 et 2 retournent à leurs places par la gauche en faisant, une demi-chaîne Franco-Sarde (de 4 mesures) avec le couple de gauche et une 2e fois (4 mesures) encore avec l’autre couple de gauche et chaque couple se retrouve à sa place. » — Figure 1

Cela signifie que les cavaliers 1 et 2 progressent d’une place vers la gauche en ½ chaîne franco-sarde. Comme les cavaliers 3 et 4 doivent également rentrer chez eux, ils progressent forcément d’une place vers la droite pendant ce temps-là.

J’interprète donc la chaîne franco-sarde comme une « chaîne des cavaliers ». Les cavaliers font ½ tour de main gauche (la main libre), puis font ½ tour md avec l’autre dame. Il n’y a pas de tour de courtoisie (main dans le dos de la cavalière) pour cette chaîne.

Exactement l’inverse d’une chaîne des dames, sans tour de courtoisie.

Le texte est identique dans la troisième figure, et la reconstitution fonctionne tout aussi bien.

Il n’y a que dans la 4e figure que cette interprétation est un peu problématique. A la fin de cette figure, tout le monde est à sa place de départ, puis :

« Demi-promenade (4 mesures), demi chaîne Franco-sarde (4 mesures) ».

Avec mon interprétation, il est impossible que tout le monde rentre à sa place de départ. Les dames seront forcément en face de leur place de départ. Les Cavaliers pourraient progresser d’une ou deux place, selon qui font la chaîne à 4 au centre, ou deux par deux sur les côtés. On en reparle le moment venu.

Ce n’est pas inédit de ne pas finir en place : on trouve ce fonctionnement dans le Lawn-Tennis quadrille (1881) et dans Les cinq parties du Monde (1876) / Arcachon (1865). Donc pas la peine de s’inquiéter outre mesure.

Maintenant que la chaîne franco-sarde est reconstruite, voyons la danse. Par facilité, j’utilise les termes suivants :

  • « Têtes » pour les 1 et 2, « Côtés » pour les 3 et 4.
  • H = Homme, D = Dame
  • Md = main droite, mg = main gauche
  • S(C)AM : Sens (Contraire) des Aiguilles de la Montre
  • Je compte, comme d’habitude, en mesures de 2 temps, soit 2 pas marchés = 1 mesure.

Figure 1 : le Lac Majeur

 (24 mesures, 4 reprises)

1-2         Les Têtes présentent à droite en changeant de place dans le couple (Dame passe devant)

Les Côtés changent de place dans le couple (Dame passe devant)

3-4         Les H changent de place (H1/H3 et H2/H4), reformer le quadrille en reculant

5-8         Idem 1-4, mené par H1/H2 vers la droite

[A ce moment, les D sont à leur place de départ, les H ont progressé de 2 places.]

9-16       Les Dames moulinet md (8 pas) et mg (8 pas), retour en place de départ (salut léger des H)

17-20    ½ chaîne franco-sarde : les H de Têtes avec le cavalier sur leur gauche

21-24    Idem 17-20 : Tous les cavaliers rentrent à leur place de départ. 

Cette figure est répétée 3 fois. Les meneurs sont alors les Côtés, Têtes, Côtés.

Remarques :

  • Pour les présentations, les deux couples avancent l’un vers l’autre en diagonale.
  • « La Dame passe devant » est compliqué sans l’aide du cavalier. Celui-ci doit guider sa partenaire et reculer un peu pour lui permettre de passer rapidement devant lui. Pensez-y, en particulier si vous dansez en costumes d’époque (crinoline).
  • A la 2e reprise, ce sont les couples de Côtés qui mènent. Les 3e et 4e reprises sont identiques à la 1e et la 2e.

Figure 2 : l’Entrevue

(24 mesures, 4 reprises)

1-4                        Couple 1 et D4 avant-3 et retour

5-6                        Les mêmes avant-3

7-8                        D1/4 échangent leurs placent en se croisant épaule droite

H1 recule [H1 à sa place de départ, D1/4 au centre, face à lui]

9-12                     « Chassez-croisé à 3 » : les dames font chassez-croisé à deux, H1 chasse seul

13-16                   Traversez : D1/4 se rendent sur la ligne du couple 1 et H1 au centre

Les D échangent leur place en se croisant épaule droite (se font face à la fin)

17-20                   En avant et en arrière tous les trois

21-24                   Rond à 3 vers la gauche, D4 passe sous les bras de Cple1 pour rentrer à sa place.   

Cette figure est répétée trois fois. Les meneurs sont H2, H3, H4.

Remarques :

  • L’avant-trois avance tout droit et pas en diagonale.
  • Les mesures 13-16 sont les plus « critiques » : le cavalier doit se déplacer (très) rapidement pour donner le temps aux dames de se croiser. Toujours ce problème de crinolines J
  • Sur les mesures 17-20, chacun fait « en avant et en arrière » seul. Les Dames avancent vers le centre et reculent, tandis que H1, au centre et face à D1/4 avance entre elles et recule.
  • Dans le rond final, le couple 1 doit changer de main lorsqu’il rentre en place de départ.

Figure 3 : Le bouquet du Quadrilatère

(32 mesures, 4 reprises)

1-4         H de Têtes traversent épaule droite et changent de place

5-8         H de Côtés traversent épaule droite et changent de place

9-12       Les (nouveaux) couples balancent face à face

13-16    Tour de main gauche (un tour et ¼), les dames mettent md au centre en s’enroulant.

Elles tiennent leur (nouveau) partenaire mg (croisée devant elles).

17-24    Tour complet SCAM

25-28    H1/2 ½ chaîne franco-sarde à gauche

29-32    Idem 25-28, toujours avec le couple de gauche

Cette figure est répétée 3 fois. Les meneurs sont alors les Côtés, Têtes, Côtés.

Remarques :

  • La façon de faire les « balancés » varie au cours du 19e siècle. Dans ce quadrille je l’interprète comme quatre chassés à droite et quatre à gauche. C’est ce qu’on trouve le plus souvent dans les autres sources et il n’est pas écrit « balancé sur place ».
  • A la fin du tour main gauche, les dames s’enroulent sur elles-mêmes, passent leur bras droit au-dessus de leur bras gauche pour former un moulinet main droite au centre. Le tout sans lâcher son partenaire.

Au final, les dames sont face SCAM, les bras croisés devant elles. Leurs bras droits forment un moulinet au centre, leurs bras gauches tiennent leur partenaire.

Petit schéma pour illustrer :

Schéma illustrant la figure 3 du Quadrille de la Paix.
Schéma illustrant la figure 3 du Quadrille de la Paix.
Les Dames forment un moulinet au centre, les bras croisés devant elles.

Cela correspond à la description, mais je dois encore vérifier si c’est possible en crinoline.

Figure 4 : Le Mincio

(32 mesures, 4 reprises)

1-8         H1/D2 traverser md, retour mg

9-12       Les D de Têtes figurent à gauche

13-16    D1/Cple3 et D2/Cple4 cercle à gauche. Les D de Têtes reviennent à leur place

17-20    Balancés avec son coin

21-22    Tour de main avec son coin

23-24    Tour de main partenaire

25-28    Tous ½ promenade

29-32    ½ chaîne franco-sarde avec le couple à gauche des Têtes

Cette figure est répétée 3 fois (Meneur : H2, 3, 4).

Remarques :

Je suis sûre d’une chose : à la fin de cette figure les dames ne sont pas à leur place de départ. Elles sont en face (D1 à la place de D2, D3 à la place de D4 et vice-versa), grâce à la demi-promenade.

Les hommes pourraient être n’importe où, sauf à côté de leur partenaire. Je m’explique. Le texte indique juste « demi-chaîne franco-sarde ».

  • A qui s’adresse-t-on ? Probablement aux quatre cavaliers, mais peut-être uniquement aux cavaliers de Têtes.
  • Qui fait la chaîne avec qui ?
    • Si la figure est pour les quatre cavaliers, alors il s’agit d’une demi-chaîne des hommes à quatre. Chaque cavalier retrouve alors sa place de départ. Dans ce cas, seules les dames 2 et 4 font les traversés du début. Les dames 1 et 3 ne sont jamais impliquées, ce qui est à exclure.
    • Si la figure est uniquement pour les cavaliers de Têtes, alors on peut supposer qu’il s’agit de la même figure que plus haut. Demi-chaîne des hommes de Têtes avec l’homme à leur gauche. Les cavaliers de Tête progressent d’une place SAM, les cavaliers de Côtés d’une place SCAM. Dans ce cas, le cavalier n°3 fait les travers du début avec sa cavalière de départ, ce qui est un peu étrange.
  • La question de la contre-partie : lors de la 2e reprise, est-ce que ce sont les Côtés qui initient la chaîne sur leur gauche ? Sur leur droite ? Y a-t-il alternance Têtes / Côtés dans cette figure tout court ?
  • Le nœud du problème : quelle que soit la solution envisagée, on se retrouve toujours coincé avec les traversés du début. Soit un danseur ne participe jamais (une des dames traverse deux fois), soit un des danseurs traverse avec sa partenaire de départ. Dans tout les cas, ce qui n’est ni élégant ni intuitif.

Je ne saurais résumer ici toutes les possibilités que j’ai envisagées. Aucune n’était complètement satisfaisante. J’ai privilégié la participation de tous les danseurs à leur tour dans les traversés du départ.

Faute d’avoir trouvé mieux, je propose donc que la chaîne franco-sarde se fasse sur la gauche des Têtes, les quatre fois. Techniquement, que les Têtes initient la chaîne à gauche aux reprises 1 et 3, et que les Côtés initient la chaîne à droite aux reprise 2 et 4. Mais au final c’est exactement le même mouvement, quatre fois.

Dans tous les cas, les hommes de Têtes avancent d’une place SCAM, les hommes de Côté d’une place SAM à chaque reprise. Les dames progressent de deux places à chaque reprise.

Inutile de vous dire que cette solution ne me satisfait pas entièrement. Si vous avez une meilleure idée, contactez-moi svp ! Je vous serai très reconnaissante d’apporter une explication cohérente, autre que « Boizot écrit des quadrilles pourris ».

 Figure 5 : La paix 

(40 mesures, 4 reprises)

1-4         Partenaires changent de place (H derrière) et ½ tour mg avec danseur suivant

5-8         Retour en place, ½ tour partenaire md

9-12       En avant-8 et retour

13-16    Tous Chassez-croisez (aller et retour)

17-20    Tous Balancez

21-24    Tous tour md partenaire

25-32    H forment un moulinet md en centre, tenant leur partenaire mg. Un tour complet

Cette figure est répétée 3 fois, + une reprise pour le galop général final.

Remarques :

  • L’avant-8 se fait en se tenant md-md avec son partenaire.

Il faut croire que Boizot avait vraiment tout donné sur les trois premières figures. Car ici aussi, il y a quelque chose d’illogique.

Après le tour de main droite au partenaire, on donnerait instinctivement la main gauche au centre pour former le moulinet. Mais non ! Boizot précise bien : « tour de main droite avec leurs Dames (4 mesures) et les Cavaliers viennent se donner la main DROITE en formant une croix et leur main GAUCHE à leurs dames ».

Donc, à la fin du tour main droite, les cavaliers font ½ tour rapide sur eux-même, vers leur droite. Pendant ce tour ils changent de main, pour donner la main gauche à leur partenaire. Et ils forment un moulinet main droite au centre.

Remarquez aussi que dans cette figure, il n’y a aucun mouvement spécifique à un danseur. Donc les quatre reprises sont rigoureusement identiques à la première. Ce n’est pas si courant dans un quadrille.

un bal au 19e siècle, Carpeaux, Napoléon III
Jean-Baptiste Carpeaux, Bal aux Tuileries, 1867.

Conclusion

Le quadrille de la Paix est un quadrille original, qui cassera agréablement la monotonie du quadrille français et des Lanciers.

D’un point de vue historique, sa nomenclature est passionnante. Elle s’inscrit tout à fait dans la politique italienne de Napoléon III du début de l’année 1859.

C’est peut-être ce qui lui a valu son peu de succès.

Pas sûr, en effet, que ce soit une danse facile à assumer dans les bals d’Etat, face aux ambassadeurs et représentants des nations étrangères – Autriche inclue. Pas sûr non plus que le sujet ait passionné les bourgeois de province.

A moins, bien sûr, que la cause de son échec ne soit sa construction bancale, tout simplement.

Danserez-vous le quadrille de la Paix ? Pourriez-vous le rendre plus équilibré? Dites-moi tout !

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