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Branle d’Ecosse, 1589

Last updated on 16 mars 2020

Article édité le 16/03 sur bases des suggestions éclairées de Christine Grimaldi et Francis Boissard. Merci à eux!

Dans son livre Orchésographie (1589), Thoinot Arbeau décrit de nombreuses rondes “régionales”: Poitou, Champagne, Bretagne, Bourgogne… Il nous entraîne dans un véritable tour de France, et même d’Europe, avec les branles de Malte et d’Ecosse.

Aujourd’hui, je m’intéresse au branle d’Ecosse, un classique des bals Renaissance de nos jours.

Comment danser le branle d’Ecosse ? Vient-il vraiment d’Ecosse ? Comment est-il arrivé en France ? Toutes les réponses dans cet article !

Après quelques observations sur les origines de la danse, vous trouverez toutes les explications utiles pour (ré-)enseigner la danse.

Une danse écossaise ?

L’Ecosse et la France ne sont pas exactement voisins. On s’étonne donc de trouver un branle d’Ecosse dans l’Orchésographie, alors qu’elle ne contient pas de danses originaires d’Artois ou de Normandie par exemple.

Du coup, la question se pose : est-ce réellement une danse importée du pays des kilts et des highlanders ? Ou est-ce une création française vaguement inspirée d’un pays lointain ? La question mérite que l’on s’y attarde.

Arbeau écrit que les branles d’Ecosse étaient en vogue il « y a environ vingt ans », soit autour de 1569.

Y a-t-il des liens privilégiés entre la France et l’Ecosse à cette époque ? Il semble que oui !

Le château de Linlithgow, où sont nés Jacques V d’Ecosse et sa fille Mary Stuart.

A l’époque, la noblesse écossaise est divisée en deux camps. L’un est protestant et favorable à un rapprochement avec l’Angleterre voisine. L’autre est catholique et compte sur l’aide de la France pour garder son indépendance.

Le roi Jacques V d’Ecosse (1512-1542) choisit son camp et épouse Marie de Guise, une Française. Leur fille Mary sera d’ailleurs élevée en France et promise à François II, fils de François Ier. Mais Mary n’a pas introduit les branles d’Ecosse en France : elle n’a que cinq ans à son arrivée. Ce ne sont pas ses compagnons de voyages non plus : il s’agit de quatre petites filles de compagnie, toutes prénommées Mary, une gouvernante et les deux frères illégitime Mary Stuart.

Jacques V meurt alors que sa fille Mary Stuart n’a que quelques jours. Marie assure alors la régence et sollicite régulièrement de l’aide militaire à ses compatriotes. Mary continuera sur cette lancée pendant son règne. Des seigneurs français seront donc présents en Ecosse jusqu’en 1567, date de l’abdication de Mary Stuart. Ces seigneurs auraient ramené les branles d’Ecosse en revenant en France après l’abdication.

D’ailleurs, Thoinot Arbeau nous donnait la date de 1569. Mary Stuart a abdiqué en 1567. Ça colle !

Tout cela semble une théorie bien séduisante.

Pourtant, il n’est pas certain que la danse vienne effectivement d’Ecosse.

En effet, pour les autres branles de province, Arbeau raconte souvent des anecdotes personnelles ou historiques. L’auteur a pratiqué le branle de Poictou avec « les Bachelettes de Poitiers », il tient le Triory d’un jeune étudiant Breton, rencontré à Poitiers, etc.

Mais pour le Branle d’Ecosse, pas d’information supplémentaire. On apprend seulement que: « Les Escossois [dansent] les branles d’Escosse ». Merci Monsieur de La Palisse, je n’aurais pas mieux dit.

Je rappelle d’autre part que l’histoire de la danse connaît de nombreuses danses « régionales » qui n’en sont pas. Ainsi, la Scottische était appelée « German Polka » lors de son introduction en 1848, et n’a aucun rapport avec l’Ecosse, malgré son nom.

Le mystère reste donc complet sur l’origine de la danse : écossaise ou pas, telle est la question.

François Cluet, Mary, reine des Scots, 1558.

Musique et enregistrements musicaux

Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas un, mais plusieurs branles d’Ecosse.  Ces morceaux musicaux étaient joués en suite (c’est-à-dire, d’affilée).

Thoinot Arbeau en décrit deux dans son Orchésographie en 1589. Pour les autres, il nous renvoie à « l’ instruction desdits joueurs, ou de vos compaignons »… Bref, pour l’historien, c’est râpé.

Pierre Attaignant et Jean d’Estrée ont publié d’autres suites de Branles d’Ecosse, mais pas d’instruction pour les danser.

Aujourd’hui, à ma connaissance, tous les enregistrements des branles d’Ecosse d’Arbeau contiennent les deux mélodies jouées alternativement, comme le A et le B d’un même air. Du coup, les danseurs alternent premier et deuxième branle aussi.

Mais en réalité, les musiciens devaient jouer un certain nombre de fois le premier branle, enchaîner sur le deuxième, puis le troisième, et ainsi de suite. C’est la façon la plus historique de faire, mais elle est assez rébarbative pour les danseurs d’aujourd’hui.

Vous pourrez trouver facilement des dizaines d’enregistrements. Je partage avec vous quelques-unes de mes versions préférées. Les liens vous envoient vers les sites de vente des albums.

Anonyme, Un bal à la cour d’Henri III, vers 1580.

Formation

Les danseurs forment un cercle, ouvert ou fermé. Normalement, on rejoint la danse en couple, le cavalier se plaçant à gauche. Danse cette danse, cela n’a pas beaucoup d’importance car tous les danseurs font les mêmes pas, sans distinction de genre.

Les pas

Les pas utilisés sont : le Simple, le Double, le Pied en l’air, le Saut majeur et la Capriole.

  • Simple à gauche:
    • Un pas latéral vers la gauche, du pied gauche – Arbeau parle de « pied largy » sur le temps 1 ;
    • Rapprocher le pied droit du gauche sans appui sur le temps 2.

Dans les branles, les simples sont toujours latéraux. Dans les autres danses, ils peuvent être effectués en avant ou en arrière.

  • Double à gauche :
    • Un pas latéral vers la gauche, du pied gauche sur le temps 1 ;
    • Poser le pied droit à côté du pied gauche sur le temps 2 ;
    • Un pas latéral vers la gauche, du pied gauche sur le temps 3 ;
    • Rapprocher le pied droit du gauche sans appui sur le temps 4.
  • Pied en l’air : changement d’appui en sursautant. Finir avec un « pied en l’air ». Attention, un « pied en l’air gauche » signifie que l’on sursaute sur la jambe droite, et que l’on finit le pas avec la jambe gauche en l’air
  • Saut majeur : Saut vertical, départ et réception en appui sur les deux pieds. Les jambes restent tendues durant le saut.
  • Capriole : Saut vertical, départ et réception en appui sur les deux pieds. Durant le saut, un jambe reste tendue et légèrement en avant tandis que l’autre se replie sous soi.

Style et progression

Chaque double et chaque simple finit par un pied croisé. Donc, pour un double à gauche, on fera :

  • Ecarter pied G à G (pied largy)
  • Poser pied D à côté du pied G (pied approché)
  • Ecarter pied G à G (pied largy)
  • Soulever le pied D croisé devant le pied G

Le pied que l’on croise n’est pas pointé, il est flexe (« en porte-manteau »). On balance légèrement les bras d’avant en arrière tout au long de la danse.

Illustration du pied croisé dans Thoinot Arbeau, Orchésographie, 1589.

Voilà pour ce qui est des pieds, mais les bras ?

Les danseurs se tiennent les mains et les laissent pendre (« bras en V »). [Edit 16/03/2020] Arbeau ne précise aucun mouvement de bras pendant la danse.

Cependant, je propose de balancer les bras légèrement en avant sur les temps impairs, et en arrière sur les temps pairs. Beaucoup de chorégraphe ont fait cette proposition; je pense que le mouvement de bras aide la dynamique de la danse. [Fin]

Enfin, le principe même du branle est que l’on progresse vers la gauche au fur et à mesure de la danse. Si l’on danse « normalement », on ne progresse pas, ou très peu… Comment résoudre ce problème ?

C’est assez simple : les pas que l’on fait vers la gauche doivent être plus petits que ceux vers la droite. Ainsi, en faisant un double à gauche suivi d’une double à droite, on finit à gauche de son point de départ. C’est ainsi que le cercle progresse vers la gauche.

[Edit 16/03/2020] En réalité, Arbeau ne parle de pas plus petits uniquement pour le branle double. J’extrapole cette progression vers la gauche pour tous les autres bransles. Après tout, le branle simple se danse « par mesmes pas » que le double. Dans le branle de Bourgogne, il « ny a difference esdits pas ». Et toutes les autres danse progressent naturellement vers la gauche [Fin]

En tant que débutant, on oublie souvent ce point d’attention, tout pris que l’on est par les combinaisons compliquées de simples, doubles et pieds en l’air. C’est pourtant la caractéristique principale des branles.

Description

Premier Branle

A1                 1-2                   Double à gauche

                        3-4                   Double à droite

                        5-6                   Simple à gauche puis simple à droite

A2                 1-6                   Répéter A1

Second Branle

B1                 1-2                   Double à gauche

                        3-4                  Simple à droite, simple à gauche

                        5-6                   Double à droite

B2                 1-2                   Double à gauche

                        3                      Simple à droite

                        4                      Pied en l’air droite, gauche, droite

                        5                      Saut majeur et capriole

Sources

Thoinot Arbeau, Orchésographie et Traicté en forme de dialogue, par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre & practiquer l’honneste exercice des dances, Jean des Preys, Langres, 1589.

Mélanges tirés d’une grande bibliothèque, Moutard, Paris, 1782, vol. 15.

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2 Comments

  1. Francis Boissard Francis Boissard

    Article intéressant en ce qui concerne l’origine de la danse.
    Quelques remarques cependant sur la description du pas :
    – une erreur que chacun pourrait corriger assez évidemment dans la description de la solution pour faire progresser le branle vers la gauche. Il faut évidemment faire des pas vers la gauche plus grands, et non pas plus petits.
    – sauf erreur de ma part, Thoinot Arbeau ne donne aucune indication sur le mouvement des bras. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut absolument pas faire le balancement suggéré. Mais il faut le faire en étant conscient qu’il ne s’agit pas d’un mouvement « historiquement informé » mais d’une interprétation moderne.
    En ce qui concerne les enregistrements proposés, je trouve que les deux premières versions, « Blast from the past » et « Broadside Band » sont assez réussies du point de vue des arrangements instrumentaux mais que leur tempo (respectivement 120, 115) est un peu lent pour la danse. Le tempo de la version Maitre Guillaume (~140) est plus « sportif » mais correspond sans doute mieux à la « mesure binaire légère » indiquée par Arbeau.

    • Merci Francis pour ces remarques éclairées!

      Bien vu, je me suis emmêlé les pinceaux entre droite et gauche, grand et petit.
      En effet, Arbeau ne donne pas d’indication concernant les bras, c’est une interprétation moderne très courante.

      Pour ce qui est des musiques, le tempo lent permet aux danseurs, surtout au début, de se concentrer sur le style, les *grands* pas à gauche, les pieds croisés. C’est pour cela que j’ai choisi ces enregistrements.

      A bientôt!

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